samedi 29 novembre 2008

Art

Si je devais vous donner rendez-vous, si je devais prendre les devants, il me plairait de vous laisser frémir à petit feu. D'éprouver, non votre patience qui me décevrait, mais votre impatience.

Un lieu public naturellement, dont la fréquentation exige un comportement irréprochable. Evitons la rame de métro bondée dont la foule autorise aux mains certaines privautés par trop aisées. Non, un lieu fréquenté, mais suffisamment aéré, que l'on se doit de parcourir de bout en bout, prenant son temps : un musée.

J'ai envisagé d'abord l'exposition d'art contemporain ou les illustrateurs de la galerie Maghen. Mais la première m'ennuierait et la seconde me passionnerait par trop et j'y oublierais jusqu'à votre présence.

Il faut quelque chose qui capte mon attention juste ce qu'il faut pour ne pas me préoccuper uniquement de vous. Des œuvres avec lesquelles vous me partagerez sans qu'elles ne me captivent assez pour ne pas sentir monter cette tension qu'il nous faudra, tôt ou tard libérer.

Deux idées, me viennent à l'esprit, mais voyez-vous, j'hésite.
La première est paresseuse. Il serait enfantin de vous convier à me retrouver au Musée de l'Erotisme dont les collections suggestives se chargeraient à ma place d'attiser votre convoitise. J'aurais cependant veillé à me vêtir avec soin : jean et col roulé. Galbants, il est vrai, mais impossible d'y glisser une main. Autant visiter les lieux menotté.

La seconde solution serait de vous convoquer au Louvre. Oui, voyons les choses en grand !
Pour en arpenter les galeries, je n'aurais également laissé aucun hasard dans le choix de ma tenue. Suggestive sans être provocante, j'irais court-vêtue et décolletée m'émouvoir devant un Vermeer ou un Metsys, consciente de votre souffle, plus court, sur ma nuque. Je vous trainerais devant le Sacre de David, vous énumérant les participants à cette cérémonie impériale. Vous ne m'écouteriez pas, excédé par cette lancinante interrogation : bas ou collants ? Car bien évidemment, je prendrais garde à ne pas vous distancer dans les escaliers. Une chance de vérifier, peut-être, en m'attirant dans le groupe compact de touristes massés devant la Joconde.

Il se pourrait, cependant, que découvrant votre mine résignée sous la Pyramide, je consente à orienter notre visite vers l'élégante aile égyptienne dont les clairs-obscurs bienveillants aux papyrus antiques pourraient vous offrir une relative liberté de mouvement. J'allongerais alors à plaisir la promenade entre gorgerins de lapis lazuli et cuillers à fard, créant et brisant les occasions de passer une main fébrile et discrète sur la première rondeur à votre portée. Une sourde et ardente colère finirait pas vous nouer le ventre et collé à mon dos, devant une vitrine précieuse, je sentirais alors combien vous me désirez.