mardi 8 septembre 2009

La table


Ni trop hauts, ni trop bas, ses quatre pieds sûrs soutiennent sans faillir un plateau puissant d'une essence inconnue.

Massive et lourde, elle est inébranlable. Les ans ont donné au poli de sa surface, la douceur de la peau.

Elle est parfaite...

Pourquoi diable appelle-t-on cela une table monastère ???

dimanche 12 avril 2009

Marivaudage
















Par jeu, vous aviez inventé cette improbable rencontre.
Nous aurions fait connaissance.
De votre chaise de bois, vous n'auriez aperçu de ma personne que mon visage et le bout de mes doigts de pieds, le reste dissimulé à vos yeux par la mousse d'un bain.

L'incongru de la situation a fait germer des idées de préciosité, de raffinement extrême. Ont surgi des envies d'essences fleuries, de tons poudrés, d'étoffes soyeuses et de ruban de satin.

Vous m'autorisez à broder à ma guise et aussitôt je remplace le travertin sur lequel grinçait votre chaise par un parquet de vieux chêne ciré, presque noir. Le halo indulgent à nos visages de quelque chandelle y luit sans parvenir à révéler l'ampleur de la pièce dont les contours ont fondu dans l'obscurité. Seule émerge la baignoire blanche et profonde sur ses pattes de lion. J'en ai mué la mousse trop éphémère en une eau laiteuse à la fragrance de jardin. Y flottent quelques pétales, peut-être.

Pour votre aise, je vous ai assis à califourchon, en bras de chemise puis j'ai placé un verre dans votre main. Vous l'avez empli de Beaumes-de-Venise. Je bois une tasse brûlante de ce thé parfumé de rose, de chocolat et d'épices que l'on appelle "La Vie en Rose". J'y ai, ô sacrilège, ajouté un nuage de lait !

Vous ignorez l'aspect de ma chevelure que vous vouliez relevée en un chignon hâtif. Convoquant Ingres et les orientalistes, j'ai noué sur ma tête un foulard d'où ne s'échappent que quelques mèches folles.

J'ai reposé ma tasse et nous devisons plaisamment de choses et d'autres. Vous avez édicté les règles du jeu. Mes mains ont disparu sous la surface opalescente qui ne doit pas frémir. Vous entrecoupez nos propos d'injonctions à peine murmurées: "Posez votre main droite ici, glissez la gauche là". Je continue mon bavardage, laissant mes mains suivre vos instructions mais bientôt le ton badin ralenti, bute parfois. "Attardez-vous, caressez. Repartez, maintenant vers..."

Imperceptiblement s'accentuent les souffles, les regards se verrouillent et la conversation tarit. Invisibles, sous l'eau, mes mains on cessé de vous obéir, s'arrêtant lorsqu'on les somme de s'éloigner, massant ce qui devait être effleuré, s'immisçant plutôt que d'abandonner. Vous n'êtes pas dupe et agacé, froncez le sourcil mais votre assise me révèle votre trouble. Vous tentez encore de me rappeler à l'ordre mais je ne vous écoute plus. Votre regard où le courroux le dispute à l'ardeur m'enivre au point que j'en oublie les conditions imposées et la houle qui ride à présent le bain tout entier. Debout, affichant un masque parfait de contrariété, vous n'avez pourtant pas un geste pour endiguer la déferlante que j'accueille maintenant d'un rauque soupir, sans vous quitter des yeux.

Attisant votre exaspération à plaisir, il se peut que, vous présentant mes mains fripées par le séjour aquatique, je m'exclame enfin : "Voyez, je ne suis plus présentable ! Revenez demain..."

Que ferez-vous alors ?


Illustration empruntée à Miss Canthus et Graam Iney

samedi 4 avril 2009

Il est tard


Il me manque une peau, grain, odeur
Dans le cou ce baiser abrasif qui me coupe les jambes et me trempe de sourdes envies
Ce point d'ancrage, taille, hanches
Il me manque au fond de la gorge ce goût à nul autre pareil pour ouvrir l'appétit
Entre les cuisses un souffle lourd à fleur de lèvres
Une langue sous laquelle roulent ces petits noyaux exaspérés
Il me manque une épaule à mordre
Des flancs à griffer
Des bras à nouer
Il me manque de combler ces vides
Il me manque.


Illustration : Le lit défait - Eugène Delacroix

lundi 2 février 2009

Equinoxe

Je veux un horizon sans obstacle, nocturne et marin.
Je veux des vagues et des embruns

Tandis que mes yeux se délectent, vous répandez des mains et des lèvres l'exaltation dans chacune de mes fibres, jusqu'à l'insupportable, l'impératif.

Je ne veux rien entre les eaux et l'extase, pas même votre présence. Qu'importe, je vous offre mes hémisphères lunaires. Faites-en ce que bon vous semble.

Arrimé à mes hanches d'une prise sans appel, votre ressac vient heurter la marée montante qui submerge mon for intérieur.

Les genoux rougis, les doigts plantés dans le sable humide, je veux hurler à la mer, à la lune.


Respirer


Si ma houle ne vous a pas entraîné dans mon sillage, je veux, à vos pieds, vous offrir à mon tour, l'écume phosphorescente sous la voûte céleste.
Agrippé à ma chevelure, vous m'abreuvez de votre joie que, résolu, vous conteniez jusqu'alors.


D'une froide caresse, la mer, enfin, apaisera nos nudités malmenées.



Flûte ! J'ai perdu la référence de la photo. Que son auteur veuille bien me pardonner s'il passe ici un jour. Mieux : me laisser un commentaire afin de réparer ce tort (ou me couvrir d'insultes, c'est selon...)

vendredi 23 janvier 2009

Ether

Je ne dors pas, pas encore
Je m'endors
Je me tiens sur ce fil où, consciente encore (à peine ?), ma pensée vogue selon une volonté qui n'est plus mienne.

Votre main cherche à me garder en veille, mais mon corps s'est assoupi, déjà.

Est-ce votre belle tête qui s'ouvre maintenant un passage vers mes sens engourdis ? Mais oui ! Et votre bouche leur murmure d'irrépressibles injonctions.

Mon esprit continue pourtant sa progression vers le sommeil. Il choisit et m'impose les images qu'il puise dans ma mémoire.

A la volupté que votre langue répand peu à peu dans mon être se superpose l'anticipation onirique d'un Wong Kar Wai inspiré

Oh l'étonnante alchimie ! Comme sous l'effet d'un opium précieux, je m'abandonne, étourdie jusqu'au vertige.

Une cité vertigineuse danse derrière mes paupières closes tandis que l'ivresse se répands dans mes veines. Il me semble que, légère et impalpable, je flotte à quelques centimètres de ma couche.

Vous vous êtes interrompu, inquiet de mon absence d'enthousiasme. C'est que j'ai toutes les apparences d'un sommeil bien réel !

Il me faudrait refaire surface, m'arracher à ce demi-songe pour vous répondre et gagner en votre compagnie les cimes aiguisées de la jouissance. Ou, ingrate, rejoindre tout à fait les bras de Morphée.

Je ne me souviens plus quel amant je choisis ce soir-là.
Serait-ce la preuve que le messager aux rêves l'a emporté ?







Illustration : 2046 - Wong Kar Wai

mercredi 21 janvier 2009

Domination paresseuse


- Georges ? Démerdez-vous, faites moi jouir !


Illustration : François Boucher - L'odalisque brune

jeudi 15 janvier 2009

Perfidie


On se retourne rarement sur mon passage.

Je ne suis pas de ces créatures qui peuplent vos fantasmes et hantent vos littératures, semant des instants brûlants dans vos vies, réelles ou virtuelles.

Je ne suis pas de celles qui ondulent de la rondeur, balançant leurs attraits au rythme des talons aiguilles.
Mon décolleté est discret, mes tenues aléatoires. Mes lèvres ignorent le rouge et je préfère au coûteux parfumeur, le sillage éphémère de quelqu'agrume.

Si je ne pipe mot, vous ne me verrez pas.

Il me faut donc aller vous cueillir.

Comme je suis d'un commerce aimable vous me proposerez un café et nous deviserons.
Et si vous me plaisez, je vous séduirai. Ne jouant de la croupe, ni des hanches, ni des seins, j'abuserai du bon mot, de la pique et de l'histoire à dormir debout.

Vous riez, je jubile. Je rougis éperdue, mais si fière, d'un double sens involontaire puis, d'un brocard, je vous plaque au pied du mur, ébahi et consentant.

Vous n'avez rien vu venir, j'ai balayé votre a priori et vous vous surprenez à détailler ma silhouette, à échafauder des hypothèses qu'il vous tarde de vérifier.

Je prends en traître, je séduit à coup de réparties, je déstabilise l'adversaire. Foin d'honneur, je frappe dans le dos, usant du sarcasme et de la plaisanterie de corps de garde, s'il le faut.

Tant de perfidie, je vous dois immanquablement réparation.

Votre vengeance est, en général, à la mesure de mes espérances.


Illustration : Frank Cadogan Cowper La Belle Dame Sans Merci
L'image est un peu petite pour le voir, mais, détail plaisant, une araignée a tissé sa toile devant le visage du chevalier étendu. Notez qu'il vous suffit de cliquer...

lundi 5 janvier 2009

Miroirs

Je voudrais

Poser mes mains sur des hanches rondes

Ceindre de mon bras une taille de violoncelle

Baiser des lèvres au goût inconnu

Faire rouler dans ma paume le noyau de cerise d'un sein rond

Respirer la naissance d'une chevelure sur une nuque longue

Embrasser à pleine bouche des fesses aux miennes semblables

Glisser mes doigts dans la fente éclatée d'un fruit trop mûr

Je voudrais surtout, goûter de ma langue, la saveur d'un plaisir miroir

Je voudrais enfin, usant d'artifices, connaître l'illusoire perception de celui qui me fait jouir




Photo : Martin Zumuehle
Empruntée à Chimère

dimanche 4 janvier 2009

Matières

Pour vous mettre en confiance, j'use d'abord de la paume de mes mains. En longs et larges mouvements, je parcours votre corps tout entier, encore et encore, pour amadouer votre peau.

D'un pinceau, large, arrondi, aux soies souples et douces, je retraces vos lignes. Je descends le long de votre épine dorsale, entre vos fesses, guettant le frisson, le point chatouilleux. J'efface le pli soucieux de votre front, passe sur vos paupières baissées un invisible fard avant de suivre l'arrête de votre nez, traversant votre bouche entr'ouverte jusqu'à votre menton, puis remonte vers les courbes de vos oreilles.

J'attrape maintenant une orange ou une mandarine très ferme que je roule entre vos omoplates, puis passe à votre dos, vos membres étendus, jusqu'à la plante de vos pieds qui ne s'en offusque pas. L'essence du fruit libérée par le massage emplit la chambre d'un parfum subtil. Après de longues minutes de ce traitement, l'agrume est prêt à éclater, débordant de jus. Je le conserve pour d'autres délices, plus tard...

D'un sac de billes j'extrait un calot glacé que je laisse choir et qui roule au hasard de votre anatomie, provoquant sursaut et chair de poule. Une pluie d'agathes s'égaille, se nichant tant bien que mal dans vos recoins ou tombant sur le lit, à terre avec un petit bruit sec. J'en saisis encore une pleine poingnée que passe dans vos cheveux, modelant doucement votre crâne.

Pour remédier aux frémissements de votre épiderme, je déploie un carré de satin de soie fluide et fuyant qui coule comme de l'eau entre vos main ouvertes. Alternant à dessein avec la morsure de mes ongles, j'en effleure toute votre personne qui se tend sous cette caresse impalpable,. Je le roule en long foulard pour le glisser dans votre cou, sous vos aisselles, entre vos jambes et viens agaçer, enfin, le noeud du problème.

Avant que l'envie d'une digression ne nous saisisse complètement, je verse quelques gouttes d'une huile tiède sur deux galets doux et polis que je promène sur vos muscles bandés. Ils s'entrechoquent au hasard des croisements de mes mains, apaisant tensions et crispations. Lorsque mes entrelacs ont achevé de vous assagir, je dépose au creux de vos rein deux petites pierres rondes et chaudes.

Si de mes soins, vous n'êtes pas endormi, il est temps, maintenant de changer de jeu.