vendredi 9 juillet 2010

Ah Monsieur !



















Les amis de Monsieur - Harry Fragson - 1897

Bien qu'il possède une femme charmante,
L'ami Durand est un coureur.
V'la t'y pas qu'il reluque sa servante
Et qu'il la reluque en amateur.
Il lui murmure : "Dites donc, ma fille :
Entre nous, vous êtes fort gentille
Et votre personne, crénom d'un chien,
Au naturel doit être très bien."

- Ah ! Monsieur, répond la petite bonne,
Ce que vous m'dites n'a rien qui m'étonne
Car , fit-elle d'un air étourdi,
Tous les amis de Monsieur me l'ont déjà dit.

Durand, de plus en plus, s'emballe.
A la petite bonne, il fait la cour
Et, pour décrocher la timbale,
Il lui jure toute une vie d'amour.
- Voyons, ne fais pas la dégoûtée.
Au contraire, tu devrais être flattée.
Dans ta chambre, je monterai sans bruit.
Laisse donc ta porte ouverte, cette nuit.

- Ah ! Monsieur, répond la petite bonne,
Ce que vous m'dites n'a rien qui m'étonne.
Parait que je possède un bon lit.
Tous les amis de Monsieur me l'ont déjà dit.

Au rendez-vous, elle fut fidèle,
Mais comme elle hésitait un peu,
Durand s'excitant de plus belle,
Avait la tête et le cœur en feu.
Voyant qu'elle retirait sa chemise
En devenant rouge comme une cerise,
Il s'écria, tout folichon :
"Je n'ai jamais vu de si beaux..."

- Ah ! Monsieur, répond la petite bonne,
Ce que vous m'dites n'a rien qui m'étonne.
Je comprends que vous soyez ébahi.
Tous les amis de Monsieur me l'ont déjà dit.

Comme Durand a de la galette
Et qu'il n'est pas vilain garçon,
Elle fit pas longtemps la coquette
Et céda sans faire de façons.
Ici des points pour la censure
Puis il s'écria : "Je t'assure :
Je te trouve exquise, c'est merveilleux
Et que ma femme tu t'y prends bien mieux."

- Ah ! Monsieur, répond la petite bonne,
Ce que vous m'dites n'a rien qui m'étonne,
Que je m'y prends mieux que Madame, pardi :
Tous les amis de Monsieur me l'ont déjà dit.

vendredi 30 avril 2010

Le Naturaliste


A celui qui bouleversa ma vie
en me convertissant au thé vert

Le Naturaliste prépare avec soin chaque expédition.

Il trace l'itinéraire sur ses cartes du Tendre, repère les bivouacs, les points d'eau. Puis il prend la mer. Il a le cœur léger et le pied marin.

Il accoste, confiant. A-t-il seulement au creux du ventre, ce papillon qui frémit à l'idée du rivage nouveau ?

Il contemple un instant la lisière de cette jungle encore vierge de ses explorations, cherchant le passage. Enfin, il écarte doucement les frondaisons et pénètre.

Il est là dans son élément. Les yeux grands ouverts, il reconnaît les lieux. Il flatte d'une paume connaisseuse les courbes qui se présentent à lui. L'oreille aux aguets, il agace le mamelon sensible d'un fruit et observe un Premier Soupir qui s'échappe vers la canopée dans un froissement d'ailes.

Sous ses pas s'élèvent des parfums qu'il flaire à en perdre l'esprit. Il les discerne tous. Les boisés, les fleuris, les musqués qui montent des replis les plus secrets de l'humus. Il note les saveurs innombrables des écorces fines qui laissent sur sa langue des touches sucrées ou poivrées.

Une orchidée pourpre bée. Il y plonge son visage et s'enivre d'un étrange nectar salé. Il insiste sur le pistil menu de cette corolle pour débusquer une Jouissance Flûtée qui, farouche, se cachait de l'intrus.

Peu à peu, faune et flore se font à sa présence et se laissent dévoiler à sa soif de savoir. Car le Naturaliste est expert. Il n'a pas son pareil pour dénicher d'une main habile, d'une verge sûre, la Volupté Mordorée, le Frisson Annonciateur ou le Feulement Extatique. Il fouille, glisse, inspire, aspire, mord, lutte. Il découvre un épiderme, parfois deux, puis trois d'un même effleurement. Il explore des cavités obscures et palpitantes. Il s'attarde parfois sur une racine noueuse, érigée.
Enfin il capture ému et triomphant, un Grand Orgasme Choral.

Il s'en retourne fourbu, comme il est venu, la musette remplie d'Extases, d'Ardeurs et de Murmures Enfiévrés qu'il consignera en quelques mots dans ses Mémoires. Vite, avant que tout ne se dissolve dans la brume du Souvenir.

mardi 20 avril 2010

Chère Mademoiselle Renard !




Colette Renard - La Nuit d'une Demoiselle

Que c'est bon d'être demoiselle
Car le soir dans mon petit lit
Quand l'étoile Vénus étincelle
Quand doucement tombe la nuit


Je me fais sucer la friandise
Je me fais caresser le gardon
Je me fais empeser la chemise
Je me fais picorer le bonbon


Je me fais frotter la péninsule
Je me fais béliner le joyau
Je me fais remplir le vestibule
Je me fais ramoner l'abricot

Je me fais farcir la mottelette
Je me fais couvrir le rigondin
Je me fais gonfler la mouflette
Je me fais donner le picotin

Je me fais laminer l'écrevisse
Je me fais foyer le cœur fendu
Je me fais tailler la pelisse
Je me fais planter le mont velu

Je me fais briquer le casse-noisettes
Je me fais mamourer le bibelot
Je me fais sabrer la sucette
Je me fais reluire le berlingot

Je me fais gauler la mignardise
Je me fais rafraîchir le tison
Je me fais grossir la cerise
Je me fais nourrir le hérisson

Je me fais chevaucher la chosette
Je me fais chatouiller le bijou
Je me fais bricoler la cliquette
Je me fais gâter le matou

Et vous me demanderez peut-être
Ce que je fais le jour durant
Oh! cela tient en peu de lettres
Le jour, je baise, tout simplement.


Merci à Alexandra pour les paroles

mercredi 14 avril 2010

Entrelacs

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant...

Une bouche ferme et chaude. Le second baiser est frais et menu.

Les doigts s'emmêlent à la soie fuyante des cheveux.
J'abrase ma nuque à son menton et regarde mon sein rouler sous une main fine.

Descendre le torse large pour le happer, inviter une autre bouche en alternance.
La quitter pour gober les pointes tendues de sa poitrine.

J'appuie, je crois, mes fesses contre lui lorsqu'étendue, elle me livre son mystère. Je m'y jette. Enfin !

Je suis ivre d'un alcool que distillent doigts et langues. Ressentir le grain délicat d'une peau contredite par un dos musculeux. La joue râpeuse par les lèvres pleines. Engloutir ou pénétrer.

Qui croire ? Peu importe. Donner et recevoir les jouissances tour à tour, entrecroisées, sens mélangés.

Enlacée à deux corps que je caresse, je savoure le mensonge de mes mains.



Emprunts : Verlaine, Mon Rêve Familier - Photo Rikki Kasso, Tokyo Undressed

samedi 27 février 2010

Pose

Le crissement a éveillé ma peau dont le grain capte le frottement léger, sec et doux du fusain sur le papier, à mesure que mon corps s'ébauche sur les feuilles raisin.

Un tracé poudreux esquisse la courbe de mon cou à l'arrondi de mon épaule. On effleure mon dos de cette ligne imperceptible qui le divise et s'accentue pour séparer mes fesses, mes jambes.

Je m'astreins à conserver une respiration lente et régulière, à museler le soupir fortuit qui troublerait la pose.

Mes seins s'érigent à l'idée de ce contact charbonneux qui contourne leur pointe. Des estompes caressent les ombres qui révèlent mes courbes, mes galbes, mes creux et pleins.

Je m'amuse à l'idée que mon visage offre à ces regards studieux une impassibilité lointaine tandis qu'entre mes cuisses serrées gonfle une impatience qui appellerait la rigidité douce et lisse d'une mine de plomb, roulant d'un bord à l'autre.

La séance terminée, je descendrai impassible, de mon piédestal, endosserai le peignoir réglementaire pour franchir les trois mètres qui me séparent du paravent sans que quiconque ne se doute du tumulte silencieux qu'ont soulevé ces curieux attouchements imaginés. Il faudra sans doute, dans l'ombre où je me rhabille, que je libère silencieusement ma conscience de ce trouble qui l'agite.