vendredi 23 janvier 2009

Ether

Je ne dors pas, pas encore
Je m'endors
Je me tiens sur ce fil où, consciente encore (à peine ?), ma pensée vogue selon une volonté qui n'est plus mienne.

Votre main cherche à me garder en veille, mais mon corps s'est assoupi, déjà.

Est-ce votre belle tête qui s'ouvre maintenant un passage vers mes sens engourdis ? Mais oui ! Et votre bouche leur murmure d'irrépressibles injonctions.

Mon esprit continue pourtant sa progression vers le sommeil. Il choisit et m'impose les images qu'il puise dans ma mémoire.

A la volupté que votre langue répand peu à peu dans mon être se superpose l'anticipation onirique d'un Wong Kar Wai inspiré

Oh l'étonnante alchimie ! Comme sous l'effet d'un opium précieux, je m'abandonne, étourdie jusqu'au vertige.

Une cité vertigineuse danse derrière mes paupières closes tandis que l'ivresse se répands dans mes veines. Il me semble que, légère et impalpable, je flotte à quelques centimètres de ma couche.

Vous vous êtes interrompu, inquiet de mon absence d'enthousiasme. C'est que j'ai toutes les apparences d'un sommeil bien réel !

Il me faudrait refaire surface, m'arracher à ce demi-songe pour vous répondre et gagner en votre compagnie les cimes aiguisées de la jouissance. Ou, ingrate, rejoindre tout à fait les bras de Morphée.

Je ne me souviens plus quel amant je choisis ce soir-là.
Serait-ce la preuve que le messager aux rêves l'a emporté ?







Illustration : 2046 - Wong Kar Wai

mercredi 21 janvier 2009

Domination paresseuse


- Georges ? Démerdez-vous, faites moi jouir !


Illustration : François Boucher - L'odalisque brune

jeudi 15 janvier 2009

Perfidie


On se retourne rarement sur mon passage.

Je ne suis pas de ces créatures qui peuplent vos fantasmes et hantent vos littératures, semant des instants brûlants dans vos vies, réelles ou virtuelles.

Je ne suis pas de celles qui ondulent de la rondeur, balançant leurs attraits au rythme des talons aiguilles.
Mon décolleté est discret, mes tenues aléatoires. Mes lèvres ignorent le rouge et je préfère au coûteux parfumeur, le sillage éphémère de quelqu'agrume.

Si je ne pipe mot, vous ne me verrez pas.

Il me faut donc aller vous cueillir.

Comme je suis d'un commerce aimable vous me proposerez un café et nous deviserons.
Et si vous me plaisez, je vous séduirai. Ne jouant de la croupe, ni des hanches, ni des seins, j'abuserai du bon mot, de la pique et de l'histoire à dormir debout.

Vous riez, je jubile. Je rougis éperdue, mais si fière, d'un double sens involontaire puis, d'un brocard, je vous plaque au pied du mur, ébahi et consentant.

Vous n'avez rien vu venir, j'ai balayé votre a priori et vous vous surprenez à détailler ma silhouette, à échafauder des hypothèses qu'il vous tarde de vérifier.

Je prends en traître, je séduit à coup de réparties, je déstabilise l'adversaire. Foin d'honneur, je frappe dans le dos, usant du sarcasme et de la plaisanterie de corps de garde, s'il le faut.

Tant de perfidie, je vous dois immanquablement réparation.

Votre vengeance est, en général, à la mesure de mes espérances.


Illustration : Frank Cadogan Cowper La Belle Dame Sans Merci
L'image est un peu petite pour le voir, mais, détail plaisant, une araignée a tissé sa toile devant le visage du chevalier étendu. Notez qu'il vous suffit de cliquer...

lundi 5 janvier 2009

Miroirs

Je voudrais

Poser mes mains sur des hanches rondes

Ceindre de mon bras une taille de violoncelle

Baiser des lèvres au goût inconnu

Faire rouler dans ma paume le noyau de cerise d'un sein rond

Respirer la naissance d'une chevelure sur une nuque longue

Embrasser à pleine bouche des fesses aux miennes semblables

Glisser mes doigts dans la fente éclatée d'un fruit trop mûr

Je voudrais surtout, goûter de ma langue, la saveur d'un plaisir miroir

Je voudrais enfin, usant d'artifices, connaître l'illusoire perception de celui qui me fait jouir




Photo : Martin Zumuehle
Empruntée à Chimère

dimanche 4 janvier 2009

Matières

Pour vous mettre en confiance, j'use d'abord de la paume de mes mains. En longs et larges mouvements, je parcours votre corps tout entier, encore et encore, pour amadouer votre peau.

D'un pinceau, large, arrondi, aux soies souples et douces, je retraces vos lignes. Je descends le long de votre épine dorsale, entre vos fesses, guettant le frisson, le point chatouilleux. J'efface le pli soucieux de votre front, passe sur vos paupières baissées un invisible fard avant de suivre l'arrête de votre nez, traversant votre bouche entr'ouverte jusqu'à votre menton, puis remonte vers les courbes de vos oreilles.

J'attrape maintenant une orange ou une mandarine très ferme que je roule entre vos omoplates, puis passe à votre dos, vos membres étendus, jusqu'à la plante de vos pieds qui ne s'en offusque pas. L'essence du fruit libérée par le massage emplit la chambre d'un parfum subtil. Après de longues minutes de ce traitement, l'agrume est prêt à éclater, débordant de jus. Je le conserve pour d'autres délices, plus tard...

D'un sac de billes j'extrait un calot glacé que je laisse choir et qui roule au hasard de votre anatomie, provoquant sursaut et chair de poule. Une pluie d'agathes s'égaille, se nichant tant bien que mal dans vos recoins ou tombant sur le lit, à terre avec un petit bruit sec. J'en saisis encore une pleine poingnée que passe dans vos cheveux, modelant doucement votre crâne.

Pour remédier aux frémissements de votre épiderme, je déploie un carré de satin de soie fluide et fuyant qui coule comme de l'eau entre vos main ouvertes. Alternant à dessein avec la morsure de mes ongles, j'en effleure toute votre personne qui se tend sous cette caresse impalpable,. Je le roule en long foulard pour le glisser dans votre cou, sous vos aisselles, entre vos jambes et viens agaçer, enfin, le noeud du problème.

Avant que l'envie d'une digression ne nous saisisse complètement, je verse quelques gouttes d'une huile tiède sur deux galets doux et polis que je promène sur vos muscles bandés. Ils s'entrechoquent au hasard des croisements de mes mains, apaisant tensions et crispations. Lorsque mes entrelacs ont achevé de vous assagir, je dépose au creux de vos rein deux petites pierres rondes et chaudes.

Si de mes soins, vous n'êtes pas endormi, il est temps, maintenant de changer de jeu.