Je ne dors pas, pas encoreJe m'endors
Je me tiens sur ce fil où, consciente encore (à peine ?), ma pensée vogue selon une volonté qui n'est plus mienne.
Votre main cherche à me garder en veille, mais mon corps s'est assoupi, déjà.
Est-ce votre belle tête qui s'ouvre maintenant un passage vers mes sens engourdis ? Mais oui ! Et votre bouche leur murmure d'irrépressibles injonctions.
Mon esprit continue pourtant sa progression vers le sommeil. Il choisit et m'impose les images qu'il puise dans ma mémoire.
A la volupté que votre langue répand peu à peu dans mon être se superpose l'anticipation onirique d'un Wong Kar Wai inspiré
Oh l'étonnante alchimie ! Comme sous l'effet d'un opium précieux, je m'abandonne, étourdie jusqu'au vertige.
Une cité vertigineuse danse derrière mes paupières closes tandis que l'ivresse se répands dans mes veines. Il me semble que, légère et impalpable, je flotte à quelques centimètres de ma couche.
Vous vous êtes interrompu, inquiet de mon absence d'enthousiasme. C'est que j'ai toutes les apparences d'un sommeil bien réel !
Il me faudrait refaire surface, m'arracher à ce demi-songe pour vous répondre et gagner en votre compagnie les cimes aiguisées de la jouissance. Ou, ingrate, rejoindre tout à fait les bras de Morphée.
Je ne me souviens plus quel amant je choisis ce soir-là.
Serait-ce la preuve que le messager aux rêves l'a emporté ?
Illustration : 2046 - Wong Kar Wai



