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vendredi 30 avril 2010

Le Naturaliste


A celui qui bouleversa ma vie
en me convertissant au thé vert

Le Naturaliste prépare avec soin chaque expédition.

Il trace l'itinéraire sur ses cartes du Tendre, repère les bivouacs, les points d'eau. Puis il prend la mer. Il a le cœur léger et le pied marin.

Il accoste, confiant. A-t-il seulement au creux du ventre, ce papillon qui frémit à l'idée du rivage nouveau ?

Il contemple un instant la lisière de cette jungle encore vierge de ses explorations, cherchant le passage. Enfin, il écarte doucement les frondaisons et pénètre.

Il est là dans son élément. Les yeux grands ouverts, il reconnaît les lieux. Il flatte d'une paume connaisseuse les courbes qui se présentent à lui. L'oreille aux aguets, il agace le mamelon sensible d'un fruit et observe un Premier Soupir qui s'échappe vers la canopée dans un froissement d'ailes.

Sous ses pas s'élèvent des parfums qu'il flaire à en perdre l'esprit. Il les discerne tous. Les boisés, les fleuris, les musqués qui montent des replis les plus secrets de l'humus. Il note les saveurs innombrables des écorces fines qui laissent sur sa langue des touches sucrées ou poivrées.

Une orchidée pourpre bée. Il y plonge son visage et s'enivre d'un étrange nectar salé. Il insiste sur le pistil menu de cette corolle pour débusquer une Jouissance Flûtée qui, farouche, se cachait de l'intrus.

Peu à peu, faune et flore se font à sa présence et se laissent dévoiler à sa soif de savoir. Car le Naturaliste est expert. Il n'a pas son pareil pour dénicher d'une main habile, d'une verge sûre, la Volupté Mordorée, le Frisson Annonciateur ou le Feulement Extatique. Il fouille, glisse, inspire, aspire, mord, lutte. Il découvre un épiderme, parfois deux, puis trois d'un même effleurement. Il explore des cavités obscures et palpitantes. Il s'attarde parfois sur une racine noueuse, érigée.
Enfin il capture ému et triomphant, un Grand Orgasme Choral.

Il s'en retourne fourbu, comme il est venu, la musette remplie d'Extases, d'Ardeurs et de Murmures Enfiévrés qu'il consignera en quelques mots dans ses Mémoires. Vite, avant que tout ne se dissolve dans la brume du Souvenir.

samedi 27 février 2010

Pose

Le crissement a éveillé ma peau dont le grain capte le frottement léger, sec et doux du fusain sur le papier, à mesure que mon corps s'ébauche sur les feuilles raisin.

Un tracé poudreux esquisse la courbe de mon cou à l'arrondi de mon épaule. On effleure mon dos de cette ligne imperceptible qui le divise et s'accentue pour séparer mes fesses, mes jambes.

Je m'astreins à conserver une respiration lente et régulière, à museler le soupir fortuit qui troublerait la pose.

Mes seins s'érigent à l'idée de ce contact charbonneux qui contourne leur pointe. Des estompes caressent les ombres qui révèlent mes courbes, mes galbes, mes creux et pleins.

Je m'amuse à l'idée que mon visage offre à ces regards studieux une impassibilité lointaine tandis qu'entre mes cuisses serrées gonfle une impatience qui appellerait la rigidité douce et lisse d'une mine de plomb, roulant d'un bord à l'autre.

La séance terminée, je descendrai impassible, de mon piédestal, endosserai le peignoir réglementaire pour franchir les trois mètres qui me séparent du paravent sans que quiconque ne se doute du tumulte silencieux qu'ont soulevé ces curieux attouchements imaginés. Il faudra sans doute, dans l'ombre où je me rhabille, que je libère silencieusement ma conscience de ce trouble qui l'agite.

dimanche 12 avril 2009

Marivaudage
















Par jeu, vous aviez inventé cette improbable rencontre.
Nous aurions fait connaissance.
De votre chaise de bois, vous n'auriez aperçu de ma personne que mon visage et le bout de mes doigts de pieds, le reste dissimulé à vos yeux par la mousse d'un bain.

L'incongru de la situation a fait germer des idées de préciosité, de raffinement extrême. Ont surgi des envies d'essences fleuries, de tons poudrés, d'étoffes soyeuses et de ruban de satin.

Vous m'autorisez à broder à ma guise et aussitôt je remplace le travertin sur lequel grinçait votre chaise par un parquet de vieux chêne ciré, presque noir. Le halo indulgent à nos visages de quelque chandelle y luit sans parvenir à révéler l'ampleur de la pièce dont les contours ont fondu dans l'obscurité. Seule émerge la baignoire blanche et profonde sur ses pattes de lion. J'en ai mué la mousse trop éphémère en une eau laiteuse à la fragrance de jardin. Y flottent quelques pétales, peut-être.

Pour votre aise, je vous ai assis à califourchon, en bras de chemise puis j'ai placé un verre dans votre main. Vous l'avez empli de Beaumes-de-Venise. Je bois une tasse brûlante de ce thé parfumé de rose, de chocolat et d'épices que l'on appelle "La Vie en Rose". J'y ai, ô sacrilège, ajouté un nuage de lait !

Vous ignorez l'aspect de ma chevelure que vous vouliez relevée en un chignon hâtif. Convoquant Ingres et les orientalistes, j'ai noué sur ma tête un foulard d'où ne s'échappent que quelques mèches folles.

J'ai reposé ma tasse et nous devisons plaisamment de choses et d'autres. Vous avez édicté les règles du jeu. Mes mains ont disparu sous la surface opalescente qui ne doit pas frémir. Vous entrecoupez nos propos d'injonctions à peine murmurées: "Posez votre main droite ici, glissez la gauche là". Je continue mon bavardage, laissant mes mains suivre vos instructions mais bientôt le ton badin ralenti, bute parfois. "Attardez-vous, caressez. Repartez, maintenant vers..."

Imperceptiblement s'accentuent les souffles, les regards se verrouillent et la conversation tarit. Invisibles, sous l'eau, mes mains on cessé de vous obéir, s'arrêtant lorsqu'on les somme de s'éloigner, massant ce qui devait être effleuré, s'immisçant plutôt que d'abandonner. Vous n'êtes pas dupe et agacé, froncez le sourcil mais votre assise me révèle votre trouble. Vous tentez encore de me rappeler à l'ordre mais je ne vous écoute plus. Votre regard où le courroux le dispute à l'ardeur m'enivre au point que j'en oublie les conditions imposées et la houle qui ride à présent le bain tout entier. Debout, affichant un masque parfait de contrariété, vous n'avez pourtant pas un geste pour endiguer la déferlante que j'accueille maintenant d'un rauque soupir, sans vous quitter des yeux.

Attisant votre exaspération à plaisir, il se peut que, vous présentant mes mains fripées par le séjour aquatique, je m'exclame enfin : "Voyez, je ne suis plus présentable ! Revenez demain..."

Que ferez-vous alors ?


Illustration empruntée à Miss Canthus et Graam Iney

lundi 2 février 2009

Equinoxe

Je veux un horizon sans obstacle, nocturne et marin.
Je veux des vagues et des embruns

Tandis que mes yeux se délectent, vous répandez des mains et des lèvres l'exaltation dans chacune de mes fibres, jusqu'à l'insupportable, l'impératif.

Je ne veux rien entre les eaux et l'extase, pas même votre présence. Qu'importe, je vous offre mes hémisphères lunaires. Faites-en ce que bon vous semble.

Arrimé à mes hanches d'une prise sans appel, votre ressac vient heurter la marée montante qui submerge mon for intérieur.

Les genoux rougis, les doigts plantés dans le sable humide, je veux hurler à la mer, à la lune.


Respirer


Si ma houle ne vous a pas entraîné dans mon sillage, je veux, à vos pieds, vous offrir à mon tour, l'écume phosphorescente sous la voûte céleste.
Agrippé à ma chevelure, vous m'abreuvez de votre joie que, résolu, vous conteniez jusqu'alors.


D'une froide caresse, la mer, enfin, apaisera nos nudités malmenées.



Flûte ! J'ai perdu la référence de la photo. Que son auteur veuille bien me pardonner s'il passe ici un jour. Mieux : me laisser un commentaire afin de réparer ce tort (ou me couvrir d'insultes, c'est selon...)

mercredi 21 janvier 2009

Domination paresseuse


- Georges ? Démerdez-vous, faites moi jouir !


Illustration : François Boucher - L'odalisque brune

dimanche 4 janvier 2009

Matières

Pour vous mettre en confiance, j'use d'abord de la paume de mes mains. En longs et larges mouvements, je parcours votre corps tout entier, encore et encore, pour amadouer votre peau.

D'un pinceau, large, arrondi, aux soies souples et douces, je retraces vos lignes. Je descends le long de votre épine dorsale, entre vos fesses, guettant le frisson, le point chatouilleux. J'efface le pli soucieux de votre front, passe sur vos paupières baissées un invisible fard avant de suivre l'arrête de votre nez, traversant votre bouche entr'ouverte jusqu'à votre menton, puis remonte vers les courbes de vos oreilles.

J'attrape maintenant une orange ou une mandarine très ferme que je roule entre vos omoplates, puis passe à votre dos, vos membres étendus, jusqu'à la plante de vos pieds qui ne s'en offusque pas. L'essence du fruit libérée par le massage emplit la chambre d'un parfum subtil. Après de longues minutes de ce traitement, l'agrume est prêt à éclater, débordant de jus. Je le conserve pour d'autres délices, plus tard...

D'un sac de billes j'extrait un calot glacé que je laisse choir et qui roule au hasard de votre anatomie, provoquant sursaut et chair de poule. Une pluie d'agathes s'égaille, se nichant tant bien que mal dans vos recoins ou tombant sur le lit, à terre avec un petit bruit sec. J'en saisis encore une pleine poingnée que passe dans vos cheveux, modelant doucement votre crâne.

Pour remédier aux frémissements de votre épiderme, je déploie un carré de satin de soie fluide et fuyant qui coule comme de l'eau entre vos main ouvertes. Alternant à dessein avec la morsure de mes ongles, j'en effleure toute votre personne qui se tend sous cette caresse impalpable,. Je le roule en long foulard pour le glisser dans votre cou, sous vos aisselles, entre vos jambes et viens agaçer, enfin, le noeud du problème.

Avant que l'envie d'une digression ne nous saisisse complètement, je verse quelques gouttes d'une huile tiède sur deux galets doux et polis que je promène sur vos muscles bandés. Ils s'entrechoquent au hasard des croisements de mes mains, apaisant tensions et crispations. Lorsque mes entrelacs ont achevé de vous assagir, je dépose au creux de vos rein deux petites pierres rondes et chaudes.

Si de mes soins, vous n'êtes pas endormi, il est temps, maintenant de changer de jeu.

samedi 29 novembre 2008

Art

Si je devais vous donner rendez-vous, si je devais prendre les devants, il me plairait de vous laisser frémir à petit feu. D'éprouver, non votre patience qui me décevrait, mais votre impatience.

Un lieu public naturellement, dont la fréquentation exige un comportement irréprochable. Evitons la rame de métro bondée dont la foule autorise aux mains certaines privautés par trop aisées. Non, un lieu fréquenté, mais suffisamment aéré, que l'on se doit de parcourir de bout en bout, prenant son temps : un musée.

J'ai envisagé d'abord l'exposition d'art contemporain ou les illustrateurs de la galerie Maghen. Mais la première m'ennuierait et la seconde me passionnerait par trop et j'y oublierais jusqu'à votre présence.

Il faut quelque chose qui capte mon attention juste ce qu'il faut pour ne pas me préoccuper uniquement de vous. Des œuvres avec lesquelles vous me partagerez sans qu'elles ne me captivent assez pour ne pas sentir monter cette tension qu'il nous faudra, tôt ou tard libérer.

Deux idées, me viennent à l'esprit, mais voyez-vous, j'hésite.
La première est paresseuse. Il serait enfantin de vous convier à me retrouver au Musée de l'Erotisme dont les collections suggestives se chargeraient à ma place d'attiser votre convoitise. J'aurais cependant veillé à me vêtir avec soin : jean et col roulé. Galbants, il est vrai, mais impossible d'y glisser une main. Autant visiter les lieux menotté.

La seconde solution serait de vous convoquer au Louvre. Oui, voyons les choses en grand !
Pour en arpenter les galeries, je n'aurais également laissé aucun hasard dans le choix de ma tenue. Suggestive sans être provocante, j'irais court-vêtue et décolletée m'émouvoir devant un Vermeer ou un Metsys, consciente de votre souffle, plus court, sur ma nuque. Je vous trainerais devant le Sacre de David, vous énumérant les participants à cette cérémonie impériale. Vous ne m'écouteriez pas, excédé par cette lancinante interrogation : bas ou collants ? Car bien évidemment, je prendrais garde à ne pas vous distancer dans les escaliers. Une chance de vérifier, peut-être, en m'attirant dans le groupe compact de touristes massés devant la Joconde.

Il se pourrait, cependant, que découvrant votre mine résignée sous la Pyramide, je consente à orienter notre visite vers l'élégante aile égyptienne dont les clairs-obscurs bienveillants aux papyrus antiques pourraient vous offrir une relative liberté de mouvement. J'allongerais alors à plaisir la promenade entre gorgerins de lapis lazuli et cuillers à fard, créant et brisant les occasions de passer une main fébrile et discrète sur la première rondeur à votre portée. Une sourde et ardente colère finirait pas vous nouer le ventre et collé à mon dos, devant une vitrine précieuse, je sentirais alors combien vous me désirez.