vendredi 9 juillet 2010

Ah Monsieur !



















Les amis de Monsieur - Harry Fragson - 1897

Bien qu'il possède une femme charmante,
L'ami Durand est un coureur.
V'la t'y pas qu'il reluque sa servante
Et qu'il la reluque en amateur.
Il lui murmure : "Dites donc, ma fille :
Entre nous, vous êtes fort gentille
Et votre personne, crénom d'un chien,
Au naturel doit être très bien."

- Ah ! Monsieur, répond la petite bonne,
Ce que vous m'dites n'a rien qui m'étonne
Car , fit-elle d'un air étourdi,
Tous les amis de Monsieur me l'ont déjà dit.

Durand, de plus en plus, s'emballe.
A la petite bonne, il fait la cour
Et, pour décrocher la timbale,
Il lui jure toute une vie d'amour.
- Voyons, ne fais pas la dégoûtée.
Au contraire, tu devrais être flattée.
Dans ta chambre, je monterai sans bruit.
Laisse donc ta porte ouverte, cette nuit.

- Ah ! Monsieur, répond la petite bonne,
Ce que vous m'dites n'a rien qui m'étonne.
Parait que je possède un bon lit.
Tous les amis de Monsieur me l'ont déjà dit.

Au rendez-vous, elle fut fidèle,
Mais comme elle hésitait un peu,
Durand s'excitant de plus belle,
Avait la tête et le cœur en feu.
Voyant qu'elle retirait sa chemise
En devenant rouge comme une cerise,
Il s'écria, tout folichon :
"Je n'ai jamais vu de si beaux..."

- Ah ! Monsieur, répond la petite bonne,
Ce que vous m'dites n'a rien qui m'étonne.
Je comprends que vous soyez ébahi.
Tous les amis de Monsieur me l'ont déjà dit.

Comme Durand a de la galette
Et qu'il n'est pas vilain garçon,
Elle fit pas longtemps la coquette
Et céda sans faire de façons.
Ici des points pour la censure
Puis il s'écria : "Je t'assure :
Je te trouve exquise, c'est merveilleux
Et que ma femme tu t'y prends bien mieux."

- Ah ! Monsieur, répond la petite bonne,
Ce que vous m'dites n'a rien qui m'étonne,
Que je m'y prends mieux que Madame, pardi :
Tous les amis de Monsieur me l'ont déjà dit.

vendredi 30 avril 2010

Le Naturaliste


A celui qui bouleversa ma vie
en me convertissant au thé vert

Le Naturaliste prépare avec soin chaque expédition.

Il trace l'itinéraire sur ses cartes du Tendre, repère les bivouacs, les points d'eau. Puis il prend la mer. Il a le cœur léger et le pied marin.

Il accoste, confiant. A-t-il seulement au creux du ventre, ce papillon qui frémit à l'idée du rivage nouveau ?

Il contemple un instant la lisière de cette jungle encore vierge de ses explorations, cherchant le passage. Enfin, il écarte doucement les frondaisons et pénètre.

Il est là dans son élément. Les yeux grands ouverts, il reconnaît les lieux. Il flatte d'une paume connaisseuse les courbes qui se présentent à lui. L'oreille aux aguets, il agace le mamelon sensible d'un fruit et observe un Premier Soupir qui s'échappe vers la canopée dans un froissement d'ailes.

Sous ses pas s'élèvent des parfums qu'il flaire à en perdre l'esprit. Il les discerne tous. Les boisés, les fleuris, les musqués qui montent des replis les plus secrets de l'humus. Il note les saveurs innombrables des écorces fines qui laissent sur sa langue des touches sucrées ou poivrées.

Une orchidée pourpre bée. Il y plonge son visage et s'enivre d'un étrange nectar salé. Il insiste sur le pistil menu de cette corolle pour débusquer une Jouissance Flûtée qui, farouche, se cachait de l'intrus.

Peu à peu, faune et flore se font à sa présence et se laissent dévoiler à sa soif de savoir. Car le Naturaliste est expert. Il n'a pas son pareil pour dénicher d'une main habile, d'une verge sûre, la Volupté Mordorée, le Frisson Annonciateur ou le Feulement Extatique. Il fouille, glisse, inspire, aspire, mord, lutte. Il découvre un épiderme, parfois deux, puis trois d'un même effleurement. Il explore des cavités obscures et palpitantes. Il s'attarde parfois sur une racine noueuse, érigée.
Enfin il capture ému et triomphant, un Grand Orgasme Choral.

Il s'en retourne fourbu, comme il est venu, la musette remplie d'Extases, d'Ardeurs et de Murmures Enfiévrés qu'il consignera en quelques mots dans ses Mémoires. Vite, avant que tout ne se dissolve dans la brume du Souvenir.

mardi 20 avril 2010

Chère Mademoiselle Renard !




Colette Renard - La Nuit d'une Demoiselle

Que c'est bon d'être demoiselle
Car le soir dans mon petit lit
Quand l'étoile Vénus étincelle
Quand doucement tombe la nuit


Je me fais sucer la friandise
Je me fais caresser le gardon
Je me fais empeser la chemise
Je me fais picorer le bonbon


Je me fais frotter la péninsule
Je me fais béliner le joyau
Je me fais remplir le vestibule
Je me fais ramoner l'abricot

Je me fais farcir la mottelette
Je me fais couvrir le rigondin
Je me fais gonfler la mouflette
Je me fais donner le picotin

Je me fais laminer l'écrevisse
Je me fais foyer le cœur fendu
Je me fais tailler la pelisse
Je me fais planter le mont velu

Je me fais briquer le casse-noisettes
Je me fais mamourer le bibelot
Je me fais sabrer la sucette
Je me fais reluire le berlingot

Je me fais gauler la mignardise
Je me fais rafraîchir le tison
Je me fais grossir la cerise
Je me fais nourrir le hérisson

Je me fais chevaucher la chosette
Je me fais chatouiller le bijou
Je me fais bricoler la cliquette
Je me fais gâter le matou

Et vous me demanderez peut-être
Ce que je fais le jour durant
Oh! cela tient en peu de lettres
Le jour, je baise, tout simplement.


Merci à Alexandra pour les paroles

mercredi 14 avril 2010

Entrelacs

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant...

Une bouche ferme et chaude. Le second baiser est frais et menu.

Les doigts s'emmêlent à la soie fuyante des cheveux.
J'abrase ma nuque à son menton et regarde mon sein rouler sous une main fine.

Descendre le torse large pour le happer, inviter une autre bouche en alternance.
La quitter pour gober les pointes tendues de sa poitrine.

J'appuie, je crois, mes fesses contre lui lorsqu'étendue, elle me livre son mystère. Je m'y jette. Enfin !

Je suis ivre d'un alcool que distillent doigts et langues. Ressentir le grain délicat d'une peau contredite par un dos musculeux. La joue râpeuse par les lèvres pleines. Engloutir ou pénétrer.

Qui croire ? Peu importe. Donner et recevoir les jouissances tour à tour, entrecroisées, sens mélangés.

Enlacée à deux corps que je caresse, je savoure le mensonge de mes mains.



Emprunts : Verlaine, Mon Rêve Familier - Photo Rikki Kasso, Tokyo Undressed

samedi 27 février 2010

Pose

Le crissement a éveillé ma peau dont le grain capte le frottement léger, sec et doux du fusain sur le papier, à mesure que mon corps s'ébauche sur les feuilles raisin.

Un tracé poudreux esquisse la courbe de mon cou à l'arrondi de mon épaule. On effleure mon dos de cette ligne imperceptible qui le divise et s'accentue pour séparer mes fesses, mes jambes.

Je m'astreins à conserver une respiration lente et régulière, à museler le soupir fortuit qui troublerait la pose.

Mes seins s'érigent à l'idée de ce contact charbonneux qui contourne leur pointe. Des estompes caressent les ombres qui révèlent mes courbes, mes galbes, mes creux et pleins.

Je m'amuse à l'idée que mon visage offre à ces regards studieux une impassibilité lointaine tandis qu'entre mes cuisses serrées gonfle une impatience qui appellerait la rigidité douce et lisse d'une mine de plomb, roulant d'un bord à l'autre.

La séance terminée, je descendrai impassible, de mon piédestal, endosserai le peignoir réglementaire pour franchir les trois mètres qui me séparent du paravent sans que quiconque ne se doute du tumulte silencieux qu'ont soulevé ces curieux attouchements imaginés. Il faudra sans doute, dans l'ombre où je me rhabille, que je libère silencieusement ma conscience de ce trouble qui l'agite.

mardi 8 septembre 2009

La table


Ni trop hauts, ni trop bas, ses quatre pieds sûrs soutiennent sans faillir un plateau puissant d'une essence inconnue.

Massive et lourde, elle est inébranlable. Les ans ont donné au poli de sa surface, la douceur de la peau.

Elle est parfaite...

Pourquoi diable appelle-t-on cela une table monastère ???

dimanche 12 avril 2009

Marivaudage
















Par jeu, vous aviez inventé cette improbable rencontre.
Nous aurions fait connaissance.
De votre chaise de bois, vous n'auriez aperçu de ma personne que mon visage et le bout de mes doigts de pieds, le reste dissimulé à vos yeux par la mousse d'un bain.

L'incongru de la situation a fait germer des idées de préciosité, de raffinement extrême. Ont surgi des envies d'essences fleuries, de tons poudrés, d'étoffes soyeuses et de ruban de satin.

Vous m'autorisez à broder à ma guise et aussitôt je remplace le travertin sur lequel grinçait votre chaise par un parquet de vieux chêne ciré, presque noir. Le halo indulgent à nos visages de quelque chandelle y luit sans parvenir à révéler l'ampleur de la pièce dont les contours ont fondu dans l'obscurité. Seule émerge la baignoire blanche et profonde sur ses pattes de lion. J'en ai mué la mousse trop éphémère en une eau laiteuse à la fragrance de jardin. Y flottent quelques pétales, peut-être.

Pour votre aise, je vous ai assis à califourchon, en bras de chemise puis j'ai placé un verre dans votre main. Vous l'avez empli de Beaumes-de-Venise. Je bois une tasse brûlante de ce thé parfumé de rose, de chocolat et d'épices que l'on appelle "La Vie en Rose". J'y ai, ô sacrilège, ajouté un nuage de lait !

Vous ignorez l'aspect de ma chevelure que vous vouliez relevée en un chignon hâtif. Convoquant Ingres et les orientalistes, j'ai noué sur ma tête un foulard d'où ne s'échappent que quelques mèches folles.

J'ai reposé ma tasse et nous devisons plaisamment de choses et d'autres. Vous avez édicté les règles du jeu. Mes mains ont disparu sous la surface opalescente qui ne doit pas frémir. Vous entrecoupez nos propos d'injonctions à peine murmurées: "Posez votre main droite ici, glissez la gauche là". Je continue mon bavardage, laissant mes mains suivre vos instructions mais bientôt le ton badin ralenti, bute parfois. "Attardez-vous, caressez. Repartez, maintenant vers..."

Imperceptiblement s'accentuent les souffles, les regards se verrouillent et la conversation tarit. Invisibles, sous l'eau, mes mains on cessé de vous obéir, s'arrêtant lorsqu'on les somme de s'éloigner, massant ce qui devait être effleuré, s'immisçant plutôt que d'abandonner. Vous n'êtes pas dupe et agacé, froncez le sourcil mais votre assise me révèle votre trouble. Vous tentez encore de me rappeler à l'ordre mais je ne vous écoute plus. Votre regard où le courroux le dispute à l'ardeur m'enivre au point que j'en oublie les conditions imposées et la houle qui ride à présent le bain tout entier. Debout, affichant un masque parfait de contrariété, vous n'avez pourtant pas un geste pour endiguer la déferlante que j'accueille maintenant d'un rauque soupir, sans vous quitter des yeux.

Attisant votre exaspération à plaisir, il se peut que, vous présentant mes mains fripées par le séjour aquatique, je m'exclame enfin : "Voyez, je ne suis plus présentable ! Revenez demain..."

Que ferez-vous alors ?


Illustration empruntée à Miss Canthus et Graam Iney

samedi 4 avril 2009

Il est tard


Il me manque une peau, grain, odeur
Dans le cou ce baiser abrasif qui me coupe les jambes et me trempe de sourdes envies
Ce point d'ancrage, taille, hanches
Il me manque au fond de la gorge ce goût à nul autre pareil pour ouvrir l'appétit
Entre les cuisses un souffle lourd à fleur de lèvres
Une langue sous laquelle roulent ces petits noyaux exaspérés
Il me manque une épaule à mordre
Des flancs à griffer
Des bras à nouer
Il me manque de combler ces vides
Il me manque.


Illustration : Le lit défait - Eugène Delacroix

lundi 2 février 2009

Equinoxe

Je veux un horizon sans obstacle, nocturne et marin.
Je veux des vagues et des embruns

Tandis que mes yeux se délectent, vous répandez des mains et des lèvres l'exaltation dans chacune de mes fibres, jusqu'à l'insupportable, l'impératif.

Je ne veux rien entre les eaux et l'extase, pas même votre présence. Qu'importe, je vous offre mes hémisphères lunaires. Faites-en ce que bon vous semble.

Arrimé à mes hanches d'une prise sans appel, votre ressac vient heurter la marée montante qui submerge mon for intérieur.

Les genoux rougis, les doigts plantés dans le sable humide, je veux hurler à la mer, à la lune.


Respirer


Si ma houle ne vous a pas entraîné dans mon sillage, je veux, à vos pieds, vous offrir à mon tour, l'écume phosphorescente sous la voûte céleste.
Agrippé à ma chevelure, vous m'abreuvez de votre joie que, résolu, vous conteniez jusqu'alors.


D'une froide caresse, la mer, enfin, apaisera nos nudités malmenées.



Flûte ! J'ai perdu la référence de la photo. Que son auteur veuille bien me pardonner s'il passe ici un jour. Mieux : me laisser un commentaire afin de réparer ce tort (ou me couvrir d'insultes, c'est selon...)

vendredi 23 janvier 2009

Ether

Je ne dors pas, pas encore
Je m'endors
Je me tiens sur ce fil où, consciente encore (à peine ?), ma pensée vogue selon une volonté qui n'est plus mienne.

Votre main cherche à me garder en veille, mais mon corps s'est assoupi, déjà.

Est-ce votre belle tête qui s'ouvre maintenant un passage vers mes sens engourdis ? Mais oui ! Et votre bouche leur murmure d'irrépressibles injonctions.

Mon esprit continue pourtant sa progression vers le sommeil. Il choisit et m'impose les images qu'il puise dans ma mémoire.

A la volupté que votre langue répand peu à peu dans mon être se superpose l'anticipation onirique d'un Wong Kar Wai inspiré

Oh l'étonnante alchimie ! Comme sous l'effet d'un opium précieux, je m'abandonne, étourdie jusqu'au vertige.

Une cité vertigineuse danse derrière mes paupières closes tandis que l'ivresse se répands dans mes veines. Il me semble que, légère et impalpable, je flotte à quelques centimètres de ma couche.

Vous vous êtes interrompu, inquiet de mon absence d'enthousiasme. C'est que j'ai toutes les apparences d'un sommeil bien réel !

Il me faudrait refaire surface, m'arracher à ce demi-songe pour vous répondre et gagner en votre compagnie les cimes aiguisées de la jouissance. Ou, ingrate, rejoindre tout à fait les bras de Morphée.

Je ne me souviens plus quel amant je choisis ce soir-là.
Serait-ce la preuve que le messager aux rêves l'a emporté ?







Illustration : 2046 - Wong Kar Wai

mercredi 21 janvier 2009

Domination paresseuse


- Georges ? Démerdez-vous, faites moi jouir !


Illustration : François Boucher - L'odalisque brune

jeudi 15 janvier 2009

Perfidie


On se retourne rarement sur mon passage.

Je ne suis pas de ces créatures qui peuplent vos fantasmes et hantent vos littératures, semant des instants brûlants dans vos vies, réelles ou virtuelles.

Je ne suis pas de celles qui ondulent de la rondeur, balançant leurs attraits au rythme des talons aiguilles.
Mon décolleté est discret, mes tenues aléatoires. Mes lèvres ignorent le rouge et je préfère au coûteux parfumeur, le sillage éphémère de quelqu'agrume.

Si je ne pipe mot, vous ne me verrez pas.

Il me faut donc aller vous cueillir.

Comme je suis d'un commerce aimable vous me proposerez un café et nous deviserons.
Et si vous me plaisez, je vous séduirai. Ne jouant de la croupe, ni des hanches, ni des seins, j'abuserai du bon mot, de la pique et de l'histoire à dormir debout.

Vous riez, je jubile. Je rougis éperdue, mais si fière, d'un double sens involontaire puis, d'un brocard, je vous plaque au pied du mur, ébahi et consentant.

Vous n'avez rien vu venir, j'ai balayé votre a priori et vous vous surprenez à détailler ma silhouette, à échafauder des hypothèses qu'il vous tarde de vérifier.

Je prends en traître, je séduit à coup de réparties, je déstabilise l'adversaire. Foin d'honneur, je frappe dans le dos, usant du sarcasme et de la plaisanterie de corps de garde, s'il le faut.

Tant de perfidie, je vous dois immanquablement réparation.

Votre vengeance est, en général, à la mesure de mes espérances.


Illustration : Frank Cadogan Cowper La Belle Dame Sans Merci
L'image est un peu petite pour le voir, mais, détail plaisant, une araignée a tissé sa toile devant le visage du chevalier étendu. Notez qu'il vous suffit de cliquer...

lundi 5 janvier 2009

Miroirs

Je voudrais

Poser mes mains sur des hanches rondes

Ceindre de mon bras une taille de violoncelle

Baiser des lèvres au goût inconnu

Faire rouler dans ma paume le noyau de cerise d'un sein rond

Respirer la naissance d'une chevelure sur une nuque longue

Embrasser à pleine bouche des fesses aux miennes semblables

Glisser mes doigts dans la fente éclatée d'un fruit trop mûr

Je voudrais surtout, goûter de ma langue, la saveur d'un plaisir miroir

Je voudrais enfin, usant d'artifices, connaître l'illusoire perception de celui qui me fait jouir




Photo : Martin Zumuehle
Empruntée à Chimère

dimanche 4 janvier 2009

Matières

Pour vous mettre en confiance, j'use d'abord de la paume de mes mains. En longs et larges mouvements, je parcours votre corps tout entier, encore et encore, pour amadouer votre peau.

D'un pinceau, large, arrondi, aux soies souples et douces, je retraces vos lignes. Je descends le long de votre épine dorsale, entre vos fesses, guettant le frisson, le point chatouilleux. J'efface le pli soucieux de votre front, passe sur vos paupières baissées un invisible fard avant de suivre l'arrête de votre nez, traversant votre bouche entr'ouverte jusqu'à votre menton, puis remonte vers les courbes de vos oreilles.

J'attrape maintenant une orange ou une mandarine très ferme que je roule entre vos omoplates, puis passe à votre dos, vos membres étendus, jusqu'à la plante de vos pieds qui ne s'en offusque pas. L'essence du fruit libérée par le massage emplit la chambre d'un parfum subtil. Après de longues minutes de ce traitement, l'agrume est prêt à éclater, débordant de jus. Je le conserve pour d'autres délices, plus tard...

D'un sac de billes j'extrait un calot glacé que je laisse choir et qui roule au hasard de votre anatomie, provoquant sursaut et chair de poule. Une pluie d'agathes s'égaille, se nichant tant bien que mal dans vos recoins ou tombant sur le lit, à terre avec un petit bruit sec. J'en saisis encore une pleine poingnée que passe dans vos cheveux, modelant doucement votre crâne.

Pour remédier aux frémissements de votre épiderme, je déploie un carré de satin de soie fluide et fuyant qui coule comme de l'eau entre vos main ouvertes. Alternant à dessein avec la morsure de mes ongles, j'en effleure toute votre personne qui se tend sous cette caresse impalpable,. Je le roule en long foulard pour le glisser dans votre cou, sous vos aisselles, entre vos jambes et viens agaçer, enfin, le noeud du problème.

Avant que l'envie d'une digression ne nous saisisse complètement, je verse quelques gouttes d'une huile tiède sur deux galets doux et polis que je promène sur vos muscles bandés. Ils s'entrechoquent au hasard des croisements de mes mains, apaisant tensions et crispations. Lorsque mes entrelacs ont achevé de vous assagir, je dépose au creux de vos rein deux petites pierres rondes et chaudes.

Si de mes soins, vous n'êtes pas endormi, il est temps, maintenant de changer de jeu.

mardi 9 décembre 2008

Calligraphie



J'exigerai le confort absolu d'une pièce close et chaude. Il est impératif que nul frisson ne dépare mon épiderme puisque vos seuls talents sauront émouvoir ma peau.

Vous aurez choisi l'un de ces pinceaux dont on use en Extrême-Orient. Un manche de bambou emprisonne un bulbe ventru de soies animales. Un de ces prodigieux pinceaux qui boivent sans en perdre une goutte la quantité d'encre suffisante à écrire d'un seul trait toute la beauté du monde. Un épais pinceau dont le tracé prend miraculeusement la finesse d'un cheveu.

Un godet d'encre noire.

Je vous veux inspiré, je vous veux plein et délié, attentif au vélin souple et vierge de mon dos.

Commencez par ma nuque sensible où s'éveillent mes envies.
Abreuvez votre pinceau et posez le premier trait de votre écriture amoureuse.

Chinoise, arabe, japonaise, tibétaine, elfique, cyrillique, gothique, cunéiforme, latine, détournée, affabulée.
Descendez sur mes épaules, mes omoplates sans vous laisser distraire par ce frisson qui trouble la surface de mon corps.


Tracez.
C'est divin.
Parez mes flancs de lettrines, mes reins d'idéogrammes.
Glissez sur mes fesses ces hiéroglyphes issus de votre fantasmagorie.

Couchez sur mes cuisses aphorismes et maximes. Ponctuez en mon creux poplité. Ebauchez une thèse sur mon incontestable mollet. Paraphez le tendon d'Achille. Osez la plante des pieds mais prenez garde à la ruade.

L'encre doit sécher.
J'aimerais la poudre d'or.
Que choisirez-vous ?
L'attente, patient et distant.
Votre souffle, qui se fait rauque à me humer comme un grand animal.
Votre corps, lourd buvard où s'imprime votre prose inversée.

Retournez-moi.

Sur le dos, je ne puis éviter votre regard sombre et je rougis de ce caprice qui vous contraint à la sérénité.
Encore une page.

Je ferme les yeux pour vous offrir mon visage à orner de signes cabalistiqes.

Entrelacez mon cou, soulignez mes clavicules et descendez le long de mes bras en runes savantes.

Revenez à la ligne.
Mes seins attendent. Attardez-vous. Ils demandent une enluminure précise.
Je me dois de maîtriser ma respiration lourde et cette envie délirante de me tordre sous le pinceau.
Vous prolongez à plaisir, vous vengant ainsi de cette copie imposée.


Le ventre. Vous y élaborez un caligramme autour du nombril en point d'orgue.

A court d'inspiration vous griffonnez mes hanches et jetez rageusement quelques notes le long de mes jambes.
Mes chevilles vous la rendent soudain. De la fine pointe de votre brosse, vous cerclez les malléoles de haïkus équivoques.

Quelques arabesques sur le coup de pied, il vous tarde de reprendre l'ascension vers l'intérieur de mes cuisses. Ces chairs sensibles réagissent au baiser pourtant si doux de ce faisceau de soies.

Vous signez juste au pli de l'aine.
Plus rien.
Vous vous interrompez sans apposer de point final. Ce point que j'espérais là, en mon centre éperdu d'attente.


J'entends le tintement cristallin d'un pinceau que l'on rince dans un verre d'eau claire. J'enrage, vous avez terminé !

Ah !
Un contact doux et glacé met mes sens en alerte. Débarrassé de sa couleur, vous plongez à présent le pinceau dans mon encrier secret et débordant, pour apposer en touches subtiles, le sceau rouge qui parachève les calligraphies
japonaises

Vous relisez votre manuscrit haletant. Il est temps maintenant d'accrocher cette estampe à sa hampe pour la contempler à loisir.











Photo : The Pillow Book, Peter Greenaway

mercredi 3 décembre 2008

Jeu

Scissors Sisters.

Il est passé à ma hauteur et je l'ai attrapé par la taille .
Il a toujours ce côté emprunté des adolescents bien élevés et je sens son corps se raidir sous ma main.

Pourtant, décidé à jouer son rôle, lui aussi passe un bras autour de ma taille.

Je le déconcerte. Ce n'est pas le visage que je lui présente d'habitude. J'ai, par jeu, laissé de côté cette distance de grande sœur qui régit d'ordinaire nos échanges. Moi aussi, je tiens mon rôle, il m'amuse énormément. Une drôle de succube, qui en aurait vu d'autres, un peu fan de Barbara parce qu'elle a le cheveux court, l'accroche-cœur insolent, l'œil charbonneux, un boa de plumes autour du cou. La longue robe noire est élégante. Breakfast at Tiffany's.

J'ai des talons qui claquent ! Quel plaisir, des talons qui claquent !

Dans mon dos, s'agite un paire d'ailes de satin, un peu déglinguées.

Il est décidé à me regarder en face. Son regard enfantin, très bleu, est démenti par ces muscles fermes et fins qui le font homme. Sa chemise blanche est un peu humide. Cela m'étonne et pourtant, dans mon souvenir, elle est ouverte et ma paume est plaquée à même la peau lisse de son dos. Il est probable que ma mémoire arrange les faits à sa façon.

Je lui souris sans retenue et chante à tue-tête. Mes lèvres, rarement fardées, sont violemment prune, ce soir. Mon décolleté est sage, mon déhanché de l'est pas. Ce morceau de la nuit est à moi et j'ai le droit de jouer à la femme fatale jusqu'au point du jour.

Sans un mot, je joue à séduire, il joue à l'être.

Oh, certes, je n'en suis ni à Léa, ni au Blé en Herbe, mais je meurs d'envie de savoir si, sous son air impassible, juste un instant, je lui ai plu, vraiment !






lundi 1 décembre 2008

Evolution

Préambule

Ce texte est né d'une sorte de jeu littéraire qu'inventa une chère (et trop rare !) amie : raconter en 1500 signes, une histoire d'amour ou d'érotisme (il me semble même qu'elle autorisait un genre plus extrême !) avec un personnage fictif issu de notre univers littéraire ou cinématographique favori.

C'est probablement à elle et ce jeu que je dois l'envie d'ouvrir ce nouvel endroit pour y discourir de la face cachée de la lune.




Trois lames effleurent mon dos, des reins à la nuque, légères et précises. Ma peau intelligente réagit et je mords mes lèvres. La chaleur de paumes, d'une bouche parcourt un chemin identique et s'achève sur mon cou en un baiser-morsure.

Le reste est à l'avenant, une douceur de soie alternant avec une brutalité d'animaux. Je plonge à corps perdu dans cet échange, appelant le choc des peaux déjà moites, les frôlements exaspérants, goûtant de la langue et des dents un souvenir imaginé de combats anciens dans la neige lourde d'un dégel septentrional.

Parfois le métal réapparaît, une trace froide sur un bras, une fesse, une épaule qui ravive l'énergie qu'essoufflée, je perds. Avec une joie féroce, je retourne à la mêlée, agrippant sa chevelure dense comme un pelage, reculant d'autant le moment de l'abandon.

Un temps

Enfin je bascule dans ce gouffre où la conscience n'est plus qu'un fil éblouissant, en remonter à temps pour contempler son visage lorsqu'à mon tour, je l'entraîne dans l'abysse.

Je dors, lourde entre ses bras, le laissant à son sommeil inquiet et vigilant. Je dors pour faire provision de lui, avant que la ville et les siens ne l'enlèvent, avant de nous souvenir que nous nous aimons à perte. Nos univers sont étrangers et parallèles. Nous les taisons l'un à l'autre, par pudeur et par instinct.

Mon seul pouvoir est d'être capable, parfois, de croiser des parallèles.


samedi 29 novembre 2008

Art

Si je devais vous donner rendez-vous, si je devais prendre les devants, il me plairait de vous laisser frémir à petit feu. D'éprouver, non votre patience qui me décevrait, mais votre impatience.

Un lieu public naturellement, dont la fréquentation exige un comportement irréprochable. Evitons la rame de métro bondée dont la foule autorise aux mains certaines privautés par trop aisées. Non, un lieu fréquenté, mais suffisamment aéré, que l'on se doit de parcourir de bout en bout, prenant son temps : un musée.

J'ai envisagé d'abord l'exposition d'art contemporain ou les illustrateurs de la galerie Maghen. Mais la première m'ennuierait et la seconde me passionnerait par trop et j'y oublierais jusqu'à votre présence.

Il faut quelque chose qui capte mon attention juste ce qu'il faut pour ne pas me préoccuper uniquement de vous. Des œuvres avec lesquelles vous me partagerez sans qu'elles ne me captivent assez pour ne pas sentir monter cette tension qu'il nous faudra, tôt ou tard libérer.

Deux idées, me viennent à l'esprit, mais voyez-vous, j'hésite.
La première est paresseuse. Il serait enfantin de vous convier à me retrouver au Musée de l'Erotisme dont les collections suggestives se chargeraient à ma place d'attiser votre convoitise. J'aurais cependant veillé à me vêtir avec soin : jean et col roulé. Galbants, il est vrai, mais impossible d'y glisser une main. Autant visiter les lieux menotté.

La seconde solution serait de vous convoquer au Louvre. Oui, voyons les choses en grand !
Pour en arpenter les galeries, je n'aurais également laissé aucun hasard dans le choix de ma tenue. Suggestive sans être provocante, j'irais court-vêtue et décolletée m'émouvoir devant un Vermeer ou un Metsys, consciente de votre souffle, plus court, sur ma nuque. Je vous trainerais devant le Sacre de David, vous énumérant les participants à cette cérémonie impériale. Vous ne m'écouteriez pas, excédé par cette lancinante interrogation : bas ou collants ? Car bien évidemment, je prendrais garde à ne pas vous distancer dans les escaliers. Une chance de vérifier, peut-être, en m'attirant dans le groupe compact de touristes massés devant la Joconde.

Il se pourrait, cependant, que découvrant votre mine résignée sous la Pyramide, je consente à orienter notre visite vers l'élégante aile égyptienne dont les clairs-obscurs bienveillants aux papyrus antiques pourraient vous offrir une relative liberté de mouvement. J'allongerais alors à plaisir la promenade entre gorgerins de lapis lazuli et cuillers à fard, créant et brisant les occasions de passer une main fébrile et discrète sur la première rondeur à votre portée. Une sourde et ardente colère finirait pas vous nouer le ventre et collé à mon dos, devant une vitrine précieuse, je sentirais alors combien vous me désirez.