mardi 20 avril 2010

Chère Mademoiselle Renard !




Colette Renard - La Nuit d'une Demoiselle

Que c'est bon d'être demoiselle
Car le soir dans mon petit lit
Quand l'étoile Vénus étincelle
Quand doucement tombe la nuit


Je me fais sucer la friandise
Je me fais caresser le gardon
Je me fais empeser la chemise
Je me fais picorer le bonbon


Je me fais frotter la péninsule
Je me fais béliner le joyau
Je me fais remplir le vestibule
Je me fais ramoner l'abricot

Je me fais farcir la mottelette
Je me fais couvrir le rigondin
Je me fais gonfler la mouflette
Je me fais donner le picotin

Je me fais laminer l'écrevisse
Je me fais foyer le cœur fendu
Je me fais tailler la pelisse
Je me fais planter le mont velu

Je me fais briquer le casse-noisettes
Je me fais mamourer le bibelot
Je me fais sabrer la sucette
Je me fais reluire le berlingot

Je me fais gauler la mignardise
Je me fais rafraîchir le tison
Je me fais grossir la cerise
Je me fais nourrir le hérisson

Je me fais chevaucher la chosette
Je me fais chatouiller le bijou
Je me fais bricoler la cliquette
Je me fais gâter le matou

Et vous me demanderez peut-être
Ce que je fais le jour durant
Oh! cela tient en peu de lettres
Le jour, je baise, tout simplement.


Merci à Alexandra pour les paroles

mercredi 14 avril 2010

Entrelacs

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant...

Une bouche ferme et chaude. Le second baiser est frais et menu.

Les doigts s'emmêlent à la soie fuyante des cheveux.
J'abrase ma nuque à son menton et regarde mon sein rouler sous une main fine.

Descendre le torse large pour le happer, inviter une autre bouche en alternance.
La quitter pour gober les pointes tendues de sa poitrine.

J'appuie, je crois, mes fesses contre lui lorsqu'étendue, elle me livre son mystère. Je m'y jette. Enfin !

Je suis ivre d'un alcool que distillent doigts et langues. Ressentir le grain délicat d'une peau contredite par un dos musculeux. La joue râpeuse par les lèvres pleines. Engloutir ou pénétrer.

Qui croire ? Peu importe. Donner et recevoir les jouissances tour à tour, entrecroisées, sens mélangés.

Enlacée à deux corps que je caresse, je savoure le mensonge de mes mains.



Emprunts : Verlaine, Mon Rêve Familier - Photo Rikki Kasso, Tokyo Undressed

samedi 27 février 2010

Pose

Le crissement a éveillé ma peau dont le grain capte le frottement léger, sec et doux du fusain sur le papier, à mesure que mon corps s'ébauche sur les feuilles raisin.

Un tracé poudreux esquisse la courbe de mon cou à l'arrondi de mon épaule. On effleure mon dos de cette ligne imperceptible qui le divise et s'accentue pour séparer mes fesses, mes jambes.

Je m'astreins à conserver une respiration lente et régulière, à museler le soupir fortuit qui troublerait la pose.

Mes seins s'érigent à l'idée de ce contact charbonneux qui contourne leur pointe. Des estompes caressent les ombres qui révèlent mes courbes, mes galbes, mes creux et pleins.

Je m'amuse à l'idée que mon visage offre à ces regards studieux une impassibilité lointaine tandis qu'entre mes cuisses serrées gonfle une impatience qui appellerait la rigidité douce et lisse d'une mine de plomb, roulant d'un bord à l'autre.

La séance terminée, je descendrai impassible, de mon piédestal, endosserai le peignoir réglementaire pour franchir les trois mètres qui me séparent du paravent sans que quiconque ne se doute du tumulte silencieux qu'ont soulevé ces curieux attouchements imaginés. Il faudra sans doute, dans l'ombre où je me rhabille, que je libère silencieusement ma conscience de ce trouble qui l'agite.

mardi 8 septembre 2009

La table


Ni trop hauts, ni trop bas, ses quatre pieds sûrs soutiennent sans faillir un plateau puissant d'une essence inconnue.

Massive et lourde, elle est inébranlable. Les ans ont donné au poli de sa surface, la douceur de la peau.

Elle est parfaite...

Pourquoi diable appelle-t-on cela une table monastère ???

dimanche 12 avril 2009

Marivaudage
















Par jeu, vous aviez inventé cette improbable rencontre.
Nous aurions fait connaissance.
De votre chaise de bois, vous n'auriez aperçu de ma personne que mon visage et le bout de mes doigts de pieds, le reste dissimulé à vos yeux par la mousse d'un bain.

L'incongru de la situation a fait germer des idées de préciosité, de raffinement extrême. Ont surgi des envies d'essences fleuries, de tons poudrés, d'étoffes soyeuses et de ruban de satin.

Vous m'autorisez à broder à ma guise et aussitôt je remplace le travertin sur lequel grinçait votre chaise par un parquet de vieux chêne ciré, presque noir. Le halo indulgent à nos visages de quelque chandelle y luit sans parvenir à révéler l'ampleur de la pièce dont les contours ont fondu dans l'obscurité. Seule émerge la baignoire blanche et profonde sur ses pattes de lion. J'en ai mué la mousse trop éphémère en une eau laiteuse à la fragrance de jardin. Y flottent quelques pétales, peut-être.

Pour votre aise, je vous ai assis à califourchon, en bras de chemise puis j'ai placé un verre dans votre main. Vous l'avez empli de Beaumes-de-Venise. Je bois une tasse brûlante de ce thé parfumé de rose, de chocolat et d'épices que l'on appelle "La Vie en Rose". J'y ai, ô sacrilège, ajouté un nuage de lait !

Vous ignorez l'aspect de ma chevelure que vous vouliez relevée en un chignon hâtif. Convoquant Ingres et les orientalistes, j'ai noué sur ma tête un foulard d'où ne s'échappent que quelques mèches folles.

J'ai reposé ma tasse et nous devisons plaisamment de choses et d'autres. Vous avez édicté les règles du jeu. Mes mains ont disparu sous la surface opalescente qui ne doit pas frémir. Vous entrecoupez nos propos d'injonctions à peine murmurées: "Posez votre main droite ici, glissez la gauche là". Je continue mon bavardage, laissant mes mains suivre vos instructions mais bientôt le ton badin ralenti, bute parfois. "Attardez-vous, caressez. Repartez, maintenant vers..."

Imperceptiblement s'accentuent les souffles, les regards se verrouillent et la conversation tarit. Invisibles, sous l'eau, mes mains on cessé de vous obéir, s'arrêtant lorsqu'on les somme de s'éloigner, massant ce qui devait être effleuré, s'immisçant plutôt que d'abandonner. Vous n'êtes pas dupe et agacé, froncez le sourcil mais votre assise me révèle votre trouble. Vous tentez encore de me rappeler à l'ordre mais je ne vous écoute plus. Votre regard où le courroux le dispute à l'ardeur m'enivre au point que j'en oublie les conditions imposées et la houle qui ride à présent le bain tout entier. Debout, affichant un masque parfait de contrariété, vous n'avez pourtant pas un geste pour endiguer la déferlante que j'accueille maintenant d'un rauque soupir, sans vous quitter des yeux.

Attisant votre exaspération à plaisir, il se peut que, vous présentant mes mains fripées par le séjour aquatique, je m'exclame enfin : "Voyez, je ne suis plus présentable ! Revenez demain..."

Que ferez-vous alors ?


Illustration empruntée à Miss Canthus et Graam Iney

samedi 4 avril 2009

Il est tard


Il me manque une peau, grain, odeur
Dans le cou ce baiser abrasif qui me coupe les jambes et me trempe de sourdes envies
Ce point d'ancrage, taille, hanches
Il me manque au fond de la gorge ce goût à nul autre pareil pour ouvrir l'appétit
Entre les cuisses un souffle lourd à fleur de lèvres
Une langue sous laquelle roulent ces petits noyaux exaspérés
Il me manque une épaule à mordre
Des flancs à griffer
Des bras à nouer
Il me manque de combler ces vides
Il me manque.


Illustration : Le lit défait - Eugène Delacroix

lundi 2 février 2009

Equinoxe

Je veux un horizon sans obstacle, nocturne et marin.
Je veux des vagues et des embruns

Tandis que mes yeux se délectent, vous répandez des mains et des lèvres l'exaltation dans chacune de mes fibres, jusqu'à l'insupportable, l'impératif.

Je ne veux rien entre les eaux et l'extase, pas même votre présence. Qu'importe, je vous offre mes hémisphères lunaires. Faites-en ce que bon vous semble.

Arrimé à mes hanches d'une prise sans appel, votre ressac vient heurter la marée montante qui submerge mon for intérieur.

Les genoux rougis, les doigts plantés dans le sable humide, je veux hurler à la mer, à la lune.


Respirer


Si ma houle ne vous a pas entraîné dans mon sillage, je veux, à vos pieds, vous offrir à mon tour, l'écume phosphorescente sous la voûte céleste.
Agrippé à ma chevelure, vous m'abreuvez de votre joie que, résolu, vous conteniez jusqu'alors.


D'une froide caresse, la mer, enfin, apaisera nos nudités malmenées.



Flûte ! J'ai perdu la référence de la photo. Que son auteur veuille bien me pardonner s'il passe ici un jour. Mieux : me laisser un commentaire afin de réparer ce tort (ou me couvrir d'insultes, c'est selon...)