Le crissement a éveillé ma peau dont le grain capte le frottement léger, sec et doux du fusain sur le papier, à mesure que mon corps s'ébauche sur les feuilles raisin.Un tracé poudreux esquisse la courbe de mon cou à l'arrondi de mon épaule. On effleure mon dos de cette ligne imperceptible qui le divise et s'accentue pour séparer mes fesses, mes jambes.
Je m'astreins à conserver une respiration lente et régulière, à museler le soupir fortuit qui troublerait la pose.
Mes seins s'érigent à l'idée de ce contact charbonneux qui contourne leur pointe. Des estompes caressent les ombres qui révèlent mes courbes, mes galbes, mes creux et pleins.
Je m'amuse à l'idée que mon visage offre à ces regards studieux une impassibilité lointaine tandis qu'entre mes cuisses serrées gonfle une impatience qui appellerait la rigidité douce et lisse d'une mine de plomb, roulant d'un bord à l'autre.
La séance terminée, je descendrai impassible, de mon piédestal, endosserai le peignoir réglementaire pour franchir les trois mètres qui me séparent du paravent sans que quiconque ne se doute du tumulte silencieux qu'ont soulevé ces curieux attouchements imaginés. Il faudra sans doute, dans l'ombre où je me rhabille, que je libère silencieusement ma conscience de ce trouble qui l'agite.




